Photographe animalier en Islande

Comment faire de la photographie animalière sans déranger les animaux ?

Nous sommes de fervents défenseurs de la vie sauvage, mais aussi passionnés de nature et curieux du monde qui nous entoure. Cela ne nous empêche pas d’analyser objectivement notre comportement en pleine nature, et celui des photographes animaliers en général. Le but premier étant de répondre à la question : comment faire de la photographie animalière sans déranger les animaux ?

Nous avons entendu beaucoup de discours qui laissaient entendre qu’il était possible de ne provoquer aucun dérangement, de n’avoir aucun impact sur la vie sauvage, en pratiquant la photographie animalière. Pour notre part, nous pensons qu’une telle affirmation est fausse. Nous constatons toujours un impact, d’une manière ou d’une autre.
On pourra toujours être très précautionneux avec la direction du vent ou le bruit, mais on oublie que ces précautions concernent uniquement l’animal qu’on a en face. En restant discret devant un individu, nous en avons peut-être dérangé 10 dernière nous, sans même nous en rendre compte.

Notre philosophie est donc de reconnaître que notre présence peut déranger des animaux, et de faire de notre mieux pour limiter ce dérangement. Notre but premier est avant tout d’éviter de mettre en danger les animaux par notre présence. Ensuite, nous essayons d’éviter les situations de stress. Enfin, en fonction des situations, nous adaptons le niveau de discrétion adéquat. Car oui, se cacher n’est pas toujours la meilleure option. Par exemple, dans les régions où la chasse est interdite et où les animaux sont peu craintifs, se cacher peut s’avérer être plus dérangeant pour les animaux que de rester visible et identifiable. C’est le cas durant notre stage photo en Islande où on demande aux photographes de ne pas pratiquer d’affût et de rester visible et à bonne distance, car les renards polaires y sont habitués à l’humain, à condition qu’il respecte leur distance de sécurité et leur parcours.

Les différentes techniques de photographie animalière

Si vous débutez en photographie animalière, sachez qu’il y a plusieurs techniques, plusieurs écoles, avec chacune leurs avantages et inconvénients. Généralement, les photographes privilégient l’une ou l’autre en fonction de leurs objectifs. Il faut aussi dire que si on se sent à l’aise avec une technique, on a tendance à continuer dans cette direction.

Mais avant de faire le choix d’une technique, notre conseil est de toutes les essayer. Le but est d’une part de se rendre compte des avantages et inconvénients de chacune, et d’autre part d’entrer dans le monde de la photographie animalière en ayant les connaissances et l’expérience nécessaires.

La technique de l’affût

La technique de l’affût consiste à se cacher derrière un abri en dur ou souple (un filet de camouflage par exemple), ou en utilisant la végétation et d’autres éléments du paysage. Cet abri est construit après prospection, pour définir le meilleur emplacement pour l’observation et la photographie animalière. Il doit donc remplir certains objectifs comme la proximité avec un lieu de passage où de présence régulière, une bonne orientation par rapport au vent …

La technique de l’affût a l’avantage d’être la plus discrète. On disparaît littéralement dans l’environnement et, une fois dans l’affût, les animaux ne voient plus aucun mouvement et, idéalement, n’entendent aucun bruit.
Par contre , une fois dans l’affût, on n’a plus de liberté de mouvement. Autrement dit, l’affût ne permet aucune flexibilité. Cette technique n’est pas adaptée aux personnes qui ont besoin de mouvement, et aux situations trop imprévisibles.

L’affût animalier offre aussi l’avantage d’avoir de bonnes conditions d’attente : boire un café, utiliser une couverture par temps froid, manger … C’est un véritable petit chez soi qu’on peut se construire.

La technique de l’approche

La technique de l’approche est certainement la plus délicate, et celle qui peut causer le plus de dérangement, surtout si on débute en photographie animalière. Chez Wildlife Photo Travel, nous déconseillons aux débutants d’utiliser cette technique, et de privilégier plutôt l’affût après une petite période de prospection aux jumelles.

L’approche consiste à repérer des animaux lors d’une prospection et à approcher progressivement jusqu’ à atteindre une bonne position pour réaliser des images. Contrairement à la technique de l’affût, l’approche offre plus de flexibilité. Elle permet de s’adapter au parcours du sujet, mais aussi aux événements annexes.

Nous déconseillons l’approche aux photographes animaliers débutants pour une raison simple : elle nécessite une connaissance approfondie des espèces, de leurs sens, de leurs psychologies, mais aussi une connaissance du terrain et des techniques d’approche. En d’autre terme, si vous voulez approcher un chevreuil, il faut résonner comme un chevreuil et voir comme un chevreuil. Autrement, le taux d’échec, et donc de dérangement, sera beaucoup trop élevé.

La technique de la billebaude

La billebaude n’est pas vraiment une technique, mais plus un état d’esprit. Elle consiste tout simplement à se balader et à saisir les opportunités qui se présentent. Vous devez sûrement vous en douter, cette technique est d’une part celle qui donne le moins de résultats, et d’autre part celle qui provoque le plus de dérangement. Toutefois, à force de refaire un même parcours, une même balade, on finit par observer les mêmes animaux aux mêmes endroits, ce qui augmente petit à petit le taux de réussite. La balade se transforme alors en prospection longue durée. On peut alors décider parfois de coupler la billebaude avec d’autres techniques comme l’affût.

La billebaude est toutefois pratiquée par de nombreux photographes animaliers qui souhaitent garder de la légèreté. Elle ne nécessite ni prospection, ni longues attentes dans le froid (ou la chaleur). Tout ce dont vous avez besoin, c’est un équipement léger et transportable qui convient à une utilisation en balade ou en randonnée.

Quelques conseils pour limiter le dérangement en photographie animalière

1. Se documenter sur les espèces qu’on veut photographier

La connaissance et l’apprentissage sont notre premier conseil. En règle générale, plus on en sait sur les animaux, moins on les dérange. A l’inverse, comment limiter le dérangement sur une espèce dont on ignore tout ?
Parmis les informations à connaître absolument, on peut citer :

  • Les caractéristiques physiques (vision, ouïe, odorat …)
  • Le régime alimentaire
  • La période de reproduction
  • Les périodes des naissances
  • Les prédateurs (y compris les humains)
  • Les facteurs de stress

Nous vous recommandons de trouver des monographies sur les espèces que vous souhaitez photographier. Ces livres contiennent généralement toutes les informations dont vous avez besoin.

2. La direction du vent

Même si vous le savez certainement déjà, il est toujours utile de rappeler que si vous photographiez des animaux qui ont un odorat développé, il faut constamment faire attention à la direction du vent. Autrement dit, vous devez toujours avoir le vent de face. Dès lors que vos sujets peuvent vous sentir, vous pouvez considérer la session comme étant terminée. En effet, dans ce cas, l’idéal est de se retirer discrètement pour limiter le stress.

3. Porter des vêtements qui ne font pas de bruit

Attention aux vêtements en synthétique de type vêtements de ski ou de pluie. Ces vêtements peuvent faire beaucoup de bruit dès que vous bougez et alerter les animaux. Privilégiez plutôt des vêtements souples, en laine et polaire s’il fait froid, en coton s’il fait chaud.

Bien entendu, parfois le choix est limité. Par exemple, les vêtements de pluie font forcément du bruit. Dans ce cas on ne peut que faire au mieux en choisissant les vêtements imperméables les moins bruyants, et en adaptant son comportement (limiter les mouvements, bouger plus lentement …).

4. Apprendre à se déplacer dans la nature

Cela peut paraître évident, mais tout le monde ne le sait pas. Un photographe animalier doit constamment améliorer sa façon de se mouvoir et le choix du terrain. Marcher sur des feuilles mortes fait beaucoup plus de bruit que la terre ou l’herbe. De même, marcher sur la neige fait moins de bruit que le gel.

Pour améliorer ses déplacements, surtout lorsqu’on débute en photographie animalière, il faut constamment tendre l’oreille pour mesurer le bruit de ses pas et de ses déplacements. C’est en y prêtant attention qu’on se rend compte du bruit qu’on fait. C’est donc de cette manière qu’on peut s’améliorer.
Le choix des chaussures est également important, car certaines chaussures font plus de bruits que d’autres. Généralement, plus les chaussures sont lourdes (bottes par exemple), plus on fait du bruit. L’idéal est donc d’opter pour la légèreté, dans la limite des contraintes météo.

5. Étudier le terrain

Si vous manquez de connaissances sur le terrain, il y a des chances pour que vous loupiez quelques approches ou affûts. Avant de se lancer, il est toujours utile d’étudier une carte et de trouver un point surélevé d’où il est possible d’observer le paysage. Ces informations vous permettront de mieux vous déplacer et d’éviter de vous faire surprendre.

 6. Adapter son comportement aux réserves naturelles

Souvent, la chasse est interdite dans les réserves naturelles. De fait, les animaux perdent petit à petit la crainte de l’humain. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne sont pas sujets au stress. Adapter son comportement aux animaux qui vivent dans les réserves naturelles signifie à la fois comprendre leur distance de sécurité et leurs habitudes avec l’humain, et d’autre part s’il est nécessaire ou non de porter une tenue de camouflage.

Nous en parlions plus haut, les animaux qui sont habitués à côtoyer l’humain sans qu’il n’y ait de relation de prédation sont moins craintifs. Souvent, il n’est pas nécessaire de porter une tenue de camouflage. Par contre, posez-vous des questions telles que le parcours de ces animaux pour se nourrir et surtout nourrir leurs petits. Même s’ils semblent à priori peu craintifs, il est important de ne jamais s’interposer entre les animaux, leur nourriture et leur progéniture. Les conséquences de ce type de dérangement peuvent être dramatiques, allant jusqu’au décès des petits qui ne reçoivent pas assez de nourriture.

7. Limiter la durée de présence devant un individu

Que l’animal que vous photographiez soit craintif ou non, il faut limiter la durée de présence à proximité et éviter tout comportement de harcèlement. Rester à côté d’un animal durant des heures, c’est lui faire prendre des risques trop importants.

Lorsque l’animal est conscient de notre présence, l’idéal est de limiter le temps de présence à quelques minutes. Si par contre l’animal n’est pas conscient de notre présence (par exemple lors d’un affût), alors on peut rester plus longtemps, mais en gardant à l’esprit que d’autres animaux nous ont certainement déjà repérés.

8. Toute interaction est proscrite !

Et oui, on a encore besoin de le dire aujourd’hui, il est fortement déconseillé d’avoir toute interaction avec un animal sauvage. Ces interactions incluent la voix, les gestes et le nourrissage.

Interagir avec un animal sauvage, c’est le détourner de ses objectifs qui sont l’alimentation, la sécurité et la reproduction. Vous seriez étonné de voir les dommages que peuvent engendrer des comportements qui paraissent à priori anodins. On vous conseille donc de garder vos distances et de vous détourner des animaux qui tentent d’interagir avec vous.

9. Accepter l’attente, les conditions climatiques et les échecs

Durant nos stages photo, nous essayons de sensibiliser les photographes à l’importance d’accepter ce que la nature nous offre, ou pas ! La photographie animalière est une activité qui est faite de beaucoup de déceptions, et il faut apprendre à gérer sa frustration.

Gérer ses attentes et sa frustration est important, d’une part pour aller de l’avant après un échec, et d’autre part pour ne pas changer ses comportements et potentiellement nuire à la faune.
Il n’est pas toujours facile d’accepter un échec et de prendre le recul nécessaire. Nous vous conseillons de vous préparer psychologiquement avant d’aller sur le terrain. Cette préparation consiste à limiter ses attentes, à accepter par avance de sortir durant des heures, ou des jours, sans rencontrer d’animaux. Il faut également trouver d’autres centres d’intérêt. La nature est riche, la flore, les insectes, les éléments, c’est une invitation à l’exploration, à la contemplation. Il n’est pas forcément nécessaire de faire une rencontre spectaculaire pour apprécier la nature.

10. Eviter les sorties en grands groupes

Cela va de soi, plus on est nombreux, plus on risque de déranger la faune locale. Si vous faites des sorties en groupe, ou participez à des stages de photographie animalière, évitez d’être trop nombreux. L’idéal est de se répartir sur une grande zone pour limiter la pression.

Imaginez une renarde qui voit débarquer 15 personnes à proximité de son terrier. Le résultat est qu’elle va immédiatement déménager sa famille, ce qui peut avoir des conséquences dramatiques.
En pleine nature, préférez des groupes de 2 à 4 personnes maximum, en appliquant les autres précautions pour faire de la photographie animalière en limitant le dérangement.

Conclusion

Si faire de la photographie animalière sans déranger les animaux est un mythe, il nous paraît primordial de prendre le temps et l’énergie pour limiter ce dérangement. Nous devons mettre le bien-être animal au dessus du reste. Et si on rate une image parce qu’on a pris soin de ne pas être repéré, alors c’est une bonne chose.
Cela implique plus de temps passé à apprendre qu’à faire de la photographie, mais c’est pour nous le prix à payer.

Nous sommes des témoins et nous devons le rester. Mais protégeons avant tout cette nature qui nous est si chère.

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